Histoire de la collection Jean Walter-Paul Guillaume

La collection Jean Walter et Paul Guillaume est l'une des plus belles collections européennes de peintures. Elle rassemble 146 œuvres, des années 1860 aux années 1930. Elle fut principalement formée par Paul Guillaume, jeune français marchand d'art passionné. De 1914 à sa mort en 1934, il rassembla une collection extraordinaire de plusieurs centaines de peintures, de l'impressionnisme à l'art moderne, alliée à des pièces d'art africain. Devenu riche et célèbre de l'Europe jusqu'aux États-Unis, il mourut en pleine gloire, en songeant à fonder un musée. Sa veuve Domenica, remariée à l'architecte Jean Walter, transforma et réduisit la collection, tout en faisant de nouvelles acquisitions. Elle souhaita lui donner le nom de ses époux successifs lorsque l'Etat français s'en porta acquéreur à la fin des années 1950. La collection fut dès lors destinée à être présentée au musée de l'Orangerie.
Elle comporte actuellement pour la période impressionniste 25 oeuvres de Renoir, 15 de Cézanne, 1 oeuvre de Gauguin, Monet, Sisley.
Le musée s'enorgueillit pour le XXe siècle de présenter 12 oeuvres de Picasso, 10 de Matisse, 5 de Modigliani, 5 de Marie Laurencin, 9 du Douanier Rousseau, 29 de Derain, 10 d’Utrillo, 22 de Soutine et 1 de Van Dongen.

Rien ne prédestinait Paul Guillaume à devenir l’un des plus grands marchands d’art de son temps. Issu d’un milieu modeste, il s’intéressa aux statuettes africaines ce qui attira l’attention du poète et critique d’art Guillaume Apollinaire (1880-1918), également passionné par ce sujet. Ce dernier l’introduisit dans l’avant-garde artistique parisienne et devint son mentor. Paul Guillaume ouvrit en 1914 une première galerie près du palais de l’Elysée, où furent exposés Larionov et Gontcharova, Derain, Van Dongen ou Matisse et Picasso. On pouvait y voir aussi des Modigliani et des Chirico. Paul Guillaume fonda en 1918 une revue intitulée Les Arts à Paris où il put faire la promotion de ses artistes.

Paul Guillaume s’agrandit en 1921 en installant sa galerie rue La Boétie, où il présenta alternativement ou simultanément de l’art africain et de la peinture. Il devint le conseiller et le marchand de Paul Barnes, richissime médecin américain de la côté Est, ce qui acheva de le faire connaître et de faire sa fortune. Décoré de la Légion d’honneur en 1930, il devint avec sa ravissante épouse Domenica (1898-1977) une figure du tout Paris. Il rassembla dans leurs résidences parisiennes successives une des plus exceptionnelles collections de peintures de l’Europe des années 1930. Il mûrissait le projet d’offrir sa collection à l’Etat pour en faire "le premier musée "français" d’art moderne" lorsqu’il disparut brusquement à l’âge de quarante-deux ans.

Juliette Lacaze, née en 1898, rencontra Paul Guillaume qui l’épousa en 1920 et la surnomma Domenica. Elle sut le seconder dans son activité de marchand d’art et gravir avec lui les échelons du succès. Lorsque Paul Guillaume mourut en 1934, elle hérita sa fortune et son extraordinaire collection, avec possibilité de la transformer mais obligation de la faire entrer un jour au musée du Louvre.

Domenica révèla un goût moins hardi que celui de Paul et  transforma beaucoup la collection. Elle se défit de plus de deux cents œuvres, notamment de portraits de Modigliani, de toutes les toiles de Chirico, de splendides Matisse et de toutes les œuvres cubistes de Picasso. Elle se sépara également de toutes les pièces d’art africain.

Elle épousa en 1938 l’architecte Jean Walter (1883-1957), ancien aide de camp de Clémenceau, qui fit fortune en développant une activité minière en Afrique du nord. Il est difficile de déterminer s’il imprima sa marque à la collection. Domenica s’installa dans un appartement voisin du palais de l’Elysée, où elle accrocha les Renoir et les Cézanne qui avaient sa préférence, dont certaines œuvres qu’elle avait acquises elle-même, enrichies de toiles de Gauguin, Monet et Sisley.

La collection de Paul Guillaume caractérisée par des choix visionnaires et une grande modernité a basculé du côté du classicisme pour Matisse et Picasso et vers l’axe traditionnel de l’impressionnisme : clarté des sujets et stabilité des compositions, fraîcheur de la palette.

Domenica Walter n’oublie pas le grand projet mûri par Paul Guillaume, auquel elle était sans doute associée : partager leur fabuleuse collection en la transformant en un musée public. En permettant à tous les citoyens de l’admirer, ils auraient offert  à la France les pièces d’art moderne dont elle manquait à la fin des années 1920.

Trente ans plus tard, à la fin des années 1950, si Domenica a beaucoup transformé la collection, et si l’Etat a effectué de nombreux achats dans ce domaine, les pourparlers d’achat commencent. Une souscription publique est organisée par la Société des Amis du Louvre afin de permettre à la Réunion des Musées nationaux d’acquérir  les "plus importantes œuvres" de la  collection et permet de réunir cent trente-cinq  millions de Francs de l’époque. Peut-être Domenica ne voulait-elle pas tout céder au départ car  l’acquisition eut lieu en deux fois : quarante-sept tableaux en 1959 et quatre-vingt dix-neuf tableaux en 1963.

Domenica demande que les noms de ses deux époux y soient associés.  L’Etat lui propose d’installer la collection au musée de l’Orangerie, au cœur de Paris, qui dépendait encore du musée du Louvre. On s’inquiète néanmoins du coût des travaux : Domenica souhaite y reproduire les intérieurs de son magnifique appartement. Elle y inaugure triomphalement une première présentation temporaire de la collection aux côtés d’André Malraux, ministre de la Culture, le 31 janvier 1966. La collection revint à l’Etat à sa mort en 1977 et n’est présentée de façon permanente qu’à partir de 1984.

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André Malraux à l'inauguration de l'exposition de la collection Jean Walter-Paul Guillaume, devant Les Trois Sœurs d’Henri Matisse, 21 janvier 1966 © Keystone France/Getty images