La Peinture américaine des années 1930

The Age of Anxiety

Les années 1930 sont, à plus d’un titre, décisives dans l’affirmation d’une scène artistique moderne aux États-Unis, à un moment particulièrement complexe de son histoire où la définition d’un art moderne américain ne peut être univoque. De l’abstraction au réalisme "social" en passant par le régionalisme, les univers esthétiques de peintres tels que Marsden Hartley, Georgia O’Keeffe, ou Edward Hopper cohabitent et se confrontent dans les mêmes foyers de création.

Organisée en collaboration avec l’Art Institute de Chicago, cette exposition présentera un ensemble d’une cinquantaine de toiles issues de prestigieuses collections publiques américaines (l’Art Institute à Chicago, le Whitney Museum, le Museum of Modern Art à New-York...) et de collections particulières, dont la diversité reflète toute la richesse de cette période précédant la Seconde Guerre mondiale.
 

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Grant Wood (1891-1942), American Gothic, 1930
© The Art Institute of Chicago


Commissariat
Judith A. Barter, Field-McCormick Chair and Curator, Department of American Art, The Art Institute of Chicago
Laurence des Cars, conservateur général du patrimoine, directrice du musée de l’Orangerie
 

En partenariat média avec Paris Première, L’estampille-L’objet d’art, Libération, Le Point et France Culture.

Avec le généreux soutien de la Terra Foundation For American Art et de Hoche Société d’Avocats

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Exposition également présentée à Chicago, Art Institute, du 5 juin au 9 septembre 2016 et à Londres, Royal Academy of Arts, du 25 février au 4 juin 2017.


Présentation de l'exposition réalisée par l'Art Institute de Chicago

 

En l’espace d’une décennie, les États-Unis virent s’imposer des artistes considérés aujourd’hui parmi les plus grands noms de l’art du XXe siècle. Sans doute la situation dramatique du pays, ébranlé par la crise de 1929, favorisa-t-elle un désir d’expression intense et inédit, qu’il s’agisse de témoigner d’une réalité grave et anxiogène, d’en appeler à des références archétypales au nom de la fierté nationale et de la foi qu’on voulait garder en l’avenir, ou de se révolter face aux dérives d’une époque rongée par les inégalités et les discriminations.

La peinture américaine des années 1930 se caractérise par une grande diversité. La confrontation des natures mortes énigmatiques de Georgia O’Keeffe, de style minimaliste, au néo-cubisme de Stuart Davis, qui dans New York-Paris No 3 (1931) propose un étonnant paysage urbain, à la fois destructuré et réaliste, en est un exemple. Un an auparavant, Grant Wood signait American Gothic, chef-d’œuvre controversé devenu une icône, dans lequel la critique identifia aussi bien une satire du puritanisme rural qu’un hommage aux traditions du Midwest ou l’éloge de l’esprit des premiers pionniers. C’est la première fois que le tableau, conservé à l’Art Institute of Chicago, est exposé en Europe.

Contrastes américains : puissance industrielle et retour à la terre
La chute de la bourse de New York, le 29 octobre 1929, plonge les États-Unis, et l’Europe à sa suite, dans une décennie noire. Chômage, expropriations et précarité, la Grande Dépression balaye le pays. Le monde de l’industrie conserve curieusement dans ce contexte une réelle force de séduction dans un pays en recherche de modèles fiables et solides. Les vues d’usines de Charles Sheeler ou de Charles Demuth en témoignent. Mais nombre d’artistes évoquent tout aussi fortement les dégâts engendrés par la crise : Joe Jones choisit ainsi pour sujet la difficile condition des dockers de Saint-Louis – une main d’œuvre bon marché victime de la pénurie de travail –, et Alice Neel, communiste convaincue, prend comme modèle Pat Whalen, l’emblématique défenseur des travailleurs dont elle figura toute la détermination à l’heure des grandes grèves.

Le monde rural et les travaux saisonniers ont pu eux aussi conserver une image rassurante. Les paysages de Grant Wood ou de Marvin Cone offrent une vision apaisée et séduisante d’un monde qui, pourtant, connaissait aussi de grandes difficultés, comme en témoigne Thomas Hart Benton quand il s’intéressa aux ouvriers agricoles du sud du pays. Et lorsqu’Alexandre Hogue conféra à sa « terre mère » l’aspect d’une femme, en 1936 (Erosion No2, Philbrook Museum of Art), il donna surtout à voir un corps nu et fatigué, métaphore directe de la sécheresse à laquelle les paysans devaient souvent faire face.

La Ville spectacle
En ville, les difficultés de la vie quotidienne suscitèrent paradoxalement un grand désir de divertissement. Philip Evergood ou Arthur Dove illustrèrent dans des styles très différents – qui empruntaient au réalisme naïf aussi bien qu’à l’abstraction – ce goût assumé pour la musique, la danse ou la fête. Un goût parfois transgressif, comme le perçut Paul Cadmus lorsqu’il figura l’exubérance et la désinvolture des marins retrouvant la terre ferme après une longue mission en mer (The Fleet’s In, 1934). La rue devient un sujet à part entière, comme dans Street Life où William H. Johnson, un peintre africain-américain, livre une vue fascinante de Harlem, avec un couple élégamment vêtu devant un bar. Twenty Cent Movie, de Reginald Marsh, illustre l’engouement pour le cinéma. Mais la jeune femme pensive qu’Edward Hopper figura en retrait de la scène dans New York Movie (1939) témoigne cependant que, sous ce vernis de frivolité et de plaisir, la solitude et l’angoisse conservaient toute leur place.

L’histoire revisitée                                                                                                    
Face à un présent décevant et à un avenir incertain, l’histoire américaine devient un refuge. Du souvenir des premiers colons chez Doris Lee (Thanksgiving) à la Guerre d’indépendance chez Grant Wood (Daughters of Revolution) ou encore l’évocation de la communauté des Shakers chez Charles Sheeler (Home, Sweet Home), les thèmes historiques sont omniprésents. Certains artistes évoquent aussi une histoire moins glorieuse, comme le passé esclavagiste des États-Unis (Aaron Douglas, Aspiration), ou occultée, comme les traditions des premiers occupants du pays, tel Kingsland Morris pour ses « compositions indiennes ». Sous Roosevelt, le pouvoir soutint largement les œuvres à vocation historique en mettant en place un programme spécifique (le Public Works of Art Project). Les commandes de grandes peintures murales pour les bâtiments officiels se multiplièrent, à l’image de la fresque imaginée par Ilya Bolotowsky pour la World’s Fair de New York, en 1938-1939.

Cauchemars et réalité
Cet enthousiasme patriote ne doit pas occulter un autre aspect bien plus sombre de la peinture des années 30, qui restitua avec force les doutes d’une époque en proie à la récession, à la pauvreté et à la guerre. Les autoportraits traduisent ce sentiment d’anxiété et de malaise chez des artistes qui, loin de se mettre en valeur, se tournèrent en dérision (l’artiste en clown, de Walt Kuhn, en 1932) ou offrirent d’eux-mêmes un reflet torturé, quasi monstrueux (Ivan Albright, Self-portrait, 1935). En se figurant enfant avec à l’arrière-plan son image à l’âge adulte, accrochée de façon improbable sur le mur de la pièce, Helen Lundeberg attestait au passage de l’influence du surréalisme (Double portrait of the Artist in Time, 1935).

Le contexte national et international était extrêmement alarmant, et les artistes ne restèrent pas insensibles aux drames qui, notamment, secouaient l’Europe : Bombardment, de Philip Guston, ou The Eternal City, de Peter Blume (qui y loge un portrait grotesque de Mussolini) expriment bien leur inquiétude face à la montée des fascismes en Espagne ou en Italie. L’irruption inattendue du visage de Lénine dans le désert de Phoenix que met en scène Louis Guglielmi dans une toile de 1935 (Sheldon Museum of Art) montre combien les peintres restaient attentifs aux enjeux politiques du moment. Sous un titre cynique, American Justice, de Joe Jones, dénonçait de son côté dès 1933 les exactions racistes auxquelles les États-Unis étaient eux-aussi confrontées.

Vers un art moderne américain
Au tournant des années 1940, la peinture américaine se partage entre la tentation de l’abstraction, représentée par Pollock, et l’attachement à un réalisme froid dont Hopper reste le héraut. Deux tendances qui pourraient paraître éloignées, voire contradictoires, si ce n’est que Pollock comme Hopper avaient tous deux à cœur d’exprimer leur pensées intimes et de transcrire sur leurs toiles les interrogations et les doutes apparus lors de la décennie si troublée qui venait de s’écouler. On sait combien l’expressionnisme abstrait lyrique d’un côté et le Pop art, de l’autre, devront à leurs styles. Au final, c’est donc l’art moderne américain tout entier, dans ses formes comme dans ses thèmes, qui semble avoir pris racine et même trouvé son identité dans les années 1930.

Découverte de l'exposition, sous la conduite de Laurence des Cars, conservateur général, directrice du musée de l’Orangerie, commissaire de l’exposition.
Jeudi 20 octobre, 19h

Afin d'accompagner le visiteur dans sa découverte de l'exposition, des visites guidées sont programmées les mercredis et samedis à 16h, du 19 octobre 2016 au 21 janvier 2017.

Visites guidées à destination des personnes en situation de handicap auditif en LSF : les samedis 5 novembre, 3 décembre 2016 et 21 janvier 2017 à 11h.

Rêve d’Amérique
Pour les familles, à partir de 5 ans
Les mercredis 26 octobre, 9, 23 novembre, 7, 21 décembre 2016, 11 janvier 2017 et les samedis 29 octobre, 5, 12, 19, 26 novembre, 3, 10, 17 décembre 2016 / 7 et 14 janvier 2017.

Les années trente aux États-Unis dans la longue durée. Entre fragilité et affirmation
Jean Kempf, Professeur, université lumière-Lyon 2
Mercredi 9 novembre 2016, 19h

Les artistes au service du New Deal : Federal Project Number One 
Didier Aubert, maître de conférences, Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3 THALIM
Mercredi 16 novembre 2016, 19h

RKO-Un studio au coeur du Hollywood des années 30
Serge Bromberg, directeur de Lobster films, historien du cinéma
Mercredi 7 décembre, 19h

Les auteurs américains des années 1930 témoignèrent de la première grande crise morale et sociale des États-Unis. Une lecture par le comédien Jean-Pierre Bouvier fera redécouvrir, entre autres, John Steinbeck, John Fante, James Agee à travers les textes les plus révélateurs de la période.

Vendredi 6 janvier 2017, 18h30

Projection dans l'auditorium du musée de l'Orangerie du film La toile blanche d’Edward Hopper
Séances à 11h, 14h et 16h

Auteurs : Didier Ottinger et Jean-Pierre Devillers
Réalisation : Jean-Pierre Devillers – 2012
Producteurs : Idéale audience, Arte France, RMN-GP, Centre Pompidou
Durée : 51 mn

Les multiples références à ses œuvres dans le cinéma contemporain et la reproduction intensive de quelques unes de ses peintures, ont rendu l'univers d'Edward Hopper familier à un large public. Sa figuration inclassable tisse un dialogue entre les apparences et la lumière, les évidences et les énigmes.
En s'attachant à la vie personnelle de l'artiste dans le contexte de l'Amérique du XXe siècle, La Toile blanche d'Eward Hopper témoigne de l'indépendance farouche d'un peintre, conscient des enjeux de l'art de son temps, hostile à l'enfermement auquel pouvait le conduire un art moderne américain opposant réalisme et abstraction. Le film donne chair à l'artiste, transpose sa poésie réaliste et métaphysique.

Après la chute. L’Amérique des années 30 au cinéma
Pendant les années 1930, les grands cinéastes américains (ou européens travaillant à Hollywood) se sont penché sur l'évolution sociale du pays après la grande dépression de 1929. Ces films, dont certains annoncent le néoréalisme italien, se sont aussi bien intéressé aux villes qu'aux campagnes, aux ouvriers qu'aux paysans, et, de façon générale, aux exclus du rêve américain. D'autres films, plus légers, accompagnèrent l'évolution des mœurs, parfois avec une audace que le code Hayes remettra en cause à partir de 1934.

Les films sont projetés dans l'auditorium du musée d'Orsay.

Programmation

Vendredi 25 novembre – 20h
The Struggle
David Griffith, 1931

Samedi 26 novembre – 16h
La Ruée (American Madness)
Frank Capra, 1932

Samedi 26 novembre – 19h
Ceux de la zone (Man's Castle)
Frank Borzage, 1933

Mardi 6 décembre – 20h
Wild Boys of the Road 
William Wellman, 1933

Mercredi 7 décembre – 20h
Fast Workers
Tod Browning, 1933

Mardi 13 décembre – 20h
Notre pain quotidien (Our Daily Bread)
King Vidor, 1934

Vendredi 16 décembre – 20h
Rue sans issue (Dead End)
William Wyler, 1937

Samedi 17 décembre – 16h
La Joyeuse Suicidée (Nothing Sacred)
William Wellman, 1937

Samedi 17 décembre – 19h
Les Raisins de la colère (The Grapes of  Wrath)
John Ford, 1939

Présentation détaillée et informations complémentaires

L’année 1930 est considérée comme l’âge d’or du jazz avec l’apparition du swing. C'est l'ère des big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, etc et un répertoire marqué par les compositions de George Gershwin, Cole Porter, etc., mais aussi les chansons de variété de Tin Pan Alley qui constituent le cadre des grands standards du jazz.

Concert piano et chant
Jeff Cohen, pianiste
Isabel Dörfler, chanteuse
Concert initialement prévu le 9 décembre, reporté au vendredi 16 décembre, 19h

Quintet jazz
Par les élèves du département jazz et musiques improvisées du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris
Vendredi 13 janvier 2017, 19h

Une nuit américaine, en partenariat avec l'École du Louvre
Samedi 21 janvier 2017, de 18h30 à 22h30

Catalogue d'exposition
 

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Les années 1930 voient s’affirmer aux États-Unis des artistes considérés parmi les plus grands noms de l’art du XXe siècle, comme Georgia O’Keeffe, Grant Wood ou Edward Hopper.
À travers des univers esthétiques différents tels que le régionalisme, le réalisme "social", l’abstraction ou le surréalisme, les artistes américains manifestent les mêmes doutes et les mêmes interrogations suscités par le contexte de la Grande Dépression.
Ce catalogue montre comment l’expression de ces questionnements sur l’histoire et l’identité a donné lieu à des formes stylistiques dans lesquelles l’art moderne américain a pris racine et comment s’est construite ce qu’artistes et critiques appellent la "Scène américaine".

Sous la direction de Judith A. Barter, Field-McCormick Chair et conservatrice spécialisée en histoire de l’art américain à The Art Institute of Chicago
Annelise K. Madsen, conservatrice assistance, spécialisée en histoire de l’art américain à The Art Institute of Chicago
Sarah Kelly OEhler, conservatrice associée à Gilda & Henry Buchbinder, spécialisée en histoire de l’art américain à The Art Institute of Chicago
Sarah L. Burns, historienne de l’art, professeur émérite à l’Indiana University
Teresa A. Carbone, historienne de l’art, directrice du programme pour l’art américain à The Henry Luce Foundation

Coédition Musées d’Orsay et de l'Orangerie / Hazan
Broché avec rabats – 204 pages – 240 x 280 mm – 112 illustrations environ
ISBN : 978-2-7541-0978-9
Prix : 39 €