Soutine / De Kooning

Exposition du 7 octobre 2020 au 25 janvier 2021

"J'AI TOUJOURS ÉTÉ FOU DE SOUTINE - DE TOUTES SES PEINTURES"
W. de Kooning

Le musée de l’Orangerie présente une exposition faisant dialoguer les oeuvres de Chaïm Soutine (1893–1943), peintre de l’École de Paris d’origine russe (actuelle Biélorussie) et de Willem de Kooning (1904-1997), expressionniste abstrait américain d’origine néerlandaise. Cette exposition s’attachera plus spécifiquement à explorer l’impact de la peinture de Soutine sur la vision picturale du grand peintre américain.
Soutine a en effet marqué la génération des peintres d’après-guerre par la force expressive de sa peinture et sa figure d’"artiste maudit", aux prises avec les vicissitudes et les excès de la bohême parisienne. Son oeuvre a été particulièrement visible aux États-Unis entre les années 1930 et 1950, moment où l’artiste figuratif de tradition européenne est relu à l’aune des théories artistiques nouvelles. La peinture gestuelle et l’empâtement prononcé des toiles de Soutine conduisent critiques et commissaires d’exposition à le proclamer "prophète", héraut de l’expressionnisme abstrait américain.
C'est précisément au tournant des années 1950 que Willem de Kooning entame le chantier pictural des Woman, toiles dans lesquelles se construit un expressionnisme singulier, entre figuration et abstraction. L'élaboration de ce nouveau langage correspond au moment où le peintre convoque l’univers artistique de Chaïm Soutine et s’y confronte. De Kooning découvre les tableaux de son prédécesseur dès les années 1930, puis à la rétrospective qui consacre le peintre au Museum of Modern Art à New York en 1950. Il sera particulièrement marqué ensuite par la présentation des toiles de Soutine dans les collections de la Fondation Barnes de Philadelphie, où il se rend avec sa femme Elaine en juin 1952.
Mieux que tout autre artiste de sa génération, de Kooning a su déceler la tension entre les deux pôles apparemment opposés de l’oeuvre de Soutine : une recherche de structure doublée d’un rapport passionné à l’histoire de l’art, et une tendance prononcée à l’informel. L’oeuvre de Soutine devient alors une référence permanente pour l’artiste américain. De Kooning, qui cherche à dégager sa peinture de l’antagonisme art figuratif / art abstrait en élaborant une 'troisième voie' originale, trouve dans l’art de Soutine une légitimation de sa propre pratique.
L'exposition mettra en dialogue les univers singuliers de ces deux artistes au travers d’une cinquantaine d’oeuvres articulées autour de thématiques essentielles : la tension entre la figure et l'informe, la peinture de la "chair", la pratique picturale "gestuelle" des deux artistes.
Ces moments thématiques seront ponctués de remises en perspective historiques, par l’évocation de la rétrospective de Soutine au MoMA en 1950 et de la visite de de Kooning à la Fondation Barnes en 1952.

Le Village

Chaïm Soutine, Le Village, vers 1923
© RMN-Grand Palais (musée de l'Orangerie) / Hervé Lewandowski

Cette proposition, la première sur ce sujet, s'inscrit dans la ligne de programmation d’expositions temporaires que porte le musée de l’Orangerie autour de sa collection, notamment autour de celle de Paul Guillaume à la suite d’Apollinaire. Le regard du poète (2016), de Dada Africa, sources et influences extra-occidentales (2017), de Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique (2020) et rejoint la question de la réception américaine, faisant suite à Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet (2018).

L’exposition est organisée conjointement avec la Fondation Barnes de Philadelphie, qui possède un nombre important d’oeuvres de Soutine. Elles ont été réunies par le docteur Barnes sur les conseils de Paul Guillaume, qui est à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie.

Elle bénéficie du soutien de la De Kooning Foundation, New York et de Wilhelm & Associés.

Exposition présentée à la Fondation Barnes de Philadelphie du 7 mars au 6 juin 2021

Commissariat
Claire Bernardi, conservatrice au musée d’Orsay
Simonetta Fraquelli, commissaire pour la Fondation Barnes