Danse dans les Nymphéas : Valeria Giuga et Anne James Chaton, Cie Labkine

Initialement programmé le lundi 6 avril 2020
Reporté au lundi 28 septembre 2020, 19h et 20h30

Valeria Giuga et Anne James Chaton, Cie Labkine, ZOO

Entre danse et poésie sonore, la chorégraphe Valeria Giuga et le poète et performeur Anne James Chaton mettent en résonance des exercices chorégraphiques de la chorégraphe allemande Mary Wigman, l’une des grandes pionnière de la modernité en danse, et La Ferme des animaux, une fiction politique du célèbre écrivain britannique Georges Orwell. Soit, pour point de départ, deux artistes confrontés chacun à leur époque au totalitarisme. De ce rapprochement naît une réflexion sur les apprentissages et les usages du langage, de leurs vertus émancipatrices à leurs potentielles récupérations totalitaires. Ce "concert de danse", créé en 2019 (voix live de Anne James Chaton et création musicale d’Alva Noto) célèbre la singularité, la virtuosité et l’humanité dans un dialogue étonnant entre danse et texte, entre l’humain et l’animal, entre poétique et  politique.

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ZOO se situe à la lisière entre le bestiaire et l’étude d’éthologie. Le point de départ étant George Orwell et son roman La ferme des animaux, Valeria Giuga a invité le poète sonore Anne James Chaton pour écrire ensemble une histoire animalière avec des costumes signés de la plasticienne Coco Petitpierre.
Dans ZOO, Valeria Giuga et Anne James Chaton concentrent leur attention sur la question de l’apprentissage comme outil d’émancipation individuel et sociétal, toutes les bêtes de La ferme des animaux transcendent leur condition en apprenant à lire à écrire, se promettant ainsi, mutuellement, un avenir radieux. Le texte d’Orwell montrera de quelle façon insidieuse l’alphabet appris par les cochons, les chèvres et les poules, pourra devenir l’instrument de leur soumission.
Valeria Giuga met en écho à l’œuvre d’Orwell les travaux d’une figure emblématique de la danse expressionniste allemande : Mary Wigman. L’artiste, comme George Orwell en littérature, témoigne au travers de ses œuvres des tensions et contradictions de son époque ; elle représente un point d’appui privilégié pour décortiquer les processus de naissance d’un langage, de ses balbutiements à ses syntaxes les plus abouties, et des possibles errances de l’appropriation à des fins malveillantes d’un pouvoir signifiant.

Il ne s’agit  pas dans ZOO de reprendre une œuvre de Mary Wigman en particulier, mais d’analyser la technique de corps qu’elle a développée tout au long de sa vie au sein de son école. Le vocabulaire, la syntaxe, la grammaire et leur moyen de transcription sont les outils fondamentaux de la libération. Mais s’ils sont les conditions nécessaires de cette libération, ils n’en sont pas la garantie. Un outil peut connaître divers emplois et servir à d’autres fins que celles imaginées par ses concepteurs.
La pièce rassemble l’humain dans l’unité de son langage corporel et intellectuel, depuis l’harmonie du geste et de la lettre, du mouvement et de l’écriture, jusqu’à leur dissociation tragique dans une danse aboutie et un texte cohérent et pourtant, l’un comme l’autre, porteurs d’un sens inhumain.

Valeria Giuga a été formée à la danse classique et moderne à Naples avant de suivre la formation contemporaine e.x.e.r.c.e. à Montpellier et de travailler aux côtés de David Rolland, David Wampach ou Sylvain Prunenec. Intéressée par la question de la partition et du système de notation Laban, elle collabore depuis deux ans avec la Cie Labkine de Noëlle Simonet, qui, depuis 1998 créé et monte des pièces du répertoire moderne et contemporain notées en cinétographie Laban. Avec She was dancing (2017), Valeria Giuga mettait en scène la rencontre d’un solo d’Isadora Duncan, La Mère (1921) et du portrait qu’a fait Gertrude Stein de la chorégraphe dans un texte de 1912 avec le poète Jean-Michel Espitallier à la batterie. Rockstar, sa création 2020, est une plongée dans les catalogues de gestes de rockeurs et la mémoire de danses du passé.

Anne James Chaton est un poète sonore et plasticien français. Son écriture poétique s’est développée en collaboration avec d’autres artistes de scènes diverses : du rock à la musique électronique, du théâtre à la danse. Son écriture poétique apparentée à la poésie sonore l’a conduit à concevoir plusieurs albums avec le guitariste anglais Andy Moor du groupe The Ex, le musicien électronique allemand Alva Noto ou le chanteur pop français Nosfell. Parmi ses ouvrages, son récit Elle regarde passer les gens, est paru en janvier 2016 aux Éditions Verticales. Très lié à la scène de la lecture-performance, il a travaillé ses textes avec le metteur en scène Benoît Bradel, le chorégraphe Sylvain Prunenec ou l’artiste Phia Ménard, avec laquelle il prépare actuellement une adaptation d’Elle regarde passer les gens ; le duo sera accompagné de Nosfell et du danseur François Chaignaud.