En application des directives gouvernementales, le musée de l'Orangerie restera fermé jusqu’au 1er décembre.
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Nouvelle présentation de la collection


La collection du musée de l’Orangerie retrace certains pans singuliers de l’art du XXe siècle, qu’il s’agisse du grand décor des Nymphéas de Claude Monet, chef-d’œuvre ultime et fondateur de l’abstraction et des œuvres d’immersion, ou de la collection de peintures de Paul Guillaume et Domenica Walter, caractérisée par la tension entre modernité et figuration, de Renoir à Matisse, de Cézanne à Picasso, du douanier Rousseau à Modigliani ou Soutine.

La nouvelle présentation de la collection du musée de l’Orangerie, dans des espaces rénovés, permet de relier plus nettement les deux pôles des collections – Nymphéas / École de Paris du début du XXe siècle – selon une cohérence spatiale et visuelle élégante du bâtiment et un parcours fluide, informé et stimulant. Elle ménage une entrée frappante dans la collection avec d’une part un grand polyptyque de Joan Mitchell (dépôt du Musée national d’Art moderne) et d’autre part, les grands formats des Modernes "primitifs" – Picasso, le douanier Rousseau, Derain, Modigliani, Matisse… – selon la vision du poète Guillaume Apollinaire. Les salles monographiques offrent au public une vision renouvelée, plus rapprochée et confortable des œuvres.
Le dépôt exceptionnel d’un ensemble de sculptures d’Afrique et d’Océanie, anciennement collection Paul Guillaume, par le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, ainsi que quelques dessins et archives, enrichissent le parcours. Les deux salles nouvelles, celle des focus sur la collection (trois par an) et celle des contrepoints contemporains sur les Nymphéas, accompagnent l’approche dynamique et sans cesse renouvelée de cette prestigieuse collection.

Action financée par la Région Île-de-France

 

Cécile Debray, directrice du musée de l'Orangerie, septembre 2020.
 

 

"Paul Guillaume, l’un des premiers touchés par la révélation moderne." André Breton 1923

"Avant le grand engouement pour l’art nègre, Paul Guillaume s’était formé une collection de fétiches, tout en s’intéressant aux artistes encore peu connus […] comme Modigliani, Soutine… Je ne parle pas de sa collection particulière où l’on pouvait admirer les toiles les plus révélatrices de Matisse, Derain, Henri Rousseau, Picasso… Mort prématurément, il aura passé comme un météore." C’est ainsi que le marchand Ambroise Vollard évoque Paul Guillaume (1891-1934), jeune marchand formé et conseillé par Guillaume Apollinaire (1880-1918).

Le poète, qui repère dès 1911 ce jeune homme féru d’"art primitif ", l’introduit auprès des cercles artistiques d’avant-garde et oriente ses choix lorsqu’il ouvre sa première galerie en 1914. Porté par un contexte paradoxalement dynamique dans le domaine des arts pendant la Grande Guerre, Paul Guillaume met en oeuvre avec brio le goût du poète. Les deux grandes figures tutélaires de l’art moderne français, Matisse et Picasso, qu’il expose dans un face à face resté célèbre en 1918, forment le coeur d’une école de Paris moderne.

À partir de celle-ci, deux tendances se dessinent. D’une part, des figures isolées comme Utrillo, Modigliani ou Soutine, dessinent l’idée d’un "primitivisme moderne" qu’incarnent le Douanier Rousseau et les arts africains et océaniens. D’autre part, les oeuvres d’André Derain, Marie Laurencin ou Picasso et Matisse des années 1920 portent un renouveau de la figuration. Elles dialoguent avec l’oeuvre tardive, redécouverte, des Maîtres impressionnistes - Cézanne, Monet et Renoir.

La collection du Musée de l’Orangerie reflète ainsi un moment précis de l’art moderne à Paris, celui de la revue, Les Arts à Paris, que Paul Guillaume fonde en 1918, et des "représentations modernistes" qui ont lieu à sa galerie, avec les récitals des compositeurs Eric Satie, George Auric ou Claude Debussy, les lectures de Blaise Cendrars, d’Apollinaire ou les présentations de tableaux métaphysiques de Chirico. Jusqu’à sa mort en 1934, Paul Guillaume ne cessera d’invoquer l’ombre tutélaire du poète, tôt disparu, pour son projet de collection et de premier musée d’art moderne : "Sa passion clairvoyante, son esprit de croisade, s’exprimant en beauté lyrique, sachant associer une science profonde et un charme rempli de grâce, faisaient de lui un des soutiens les plus brillants de l’oeuvre qui commençait."