Acquisitions récentes

Le musée de l’Orangerie a acquis une statuette Lega provenant de la collection Paul Guillaume après une vente du 30 octobre 2018 à Paris, de gré à gré.

Les scarifications en forme de cercle, la simplification formelle font de cette figurine un objet très caractéristique des productions du peuple Lega vivant au coeur des forêts d’Afrique centrale. Franchir les échelons au sein de cette société impliquait une série d’initiations accompagnés de présents et de paiements. Certaines cérémonies se marquaient par le dévoilement du "panier du pouvoir" qui contenait insignes, cuillères et statuettes en ivoire ou en corne d’éléphant. De petite taille, les statuettes portent toutes un nom et évoquent une histoire. Lors d’une nouvelle initiation, les grands initiés sortaient les ivoires de leur sac, les installaient et les frottaient avec de l’huile ce qui leur donne une belle patine dorée et chaude.

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Statuette Lega (Congo). Ivoire. Soclée par Kichizô Inagaki (1876-1951) Hauteur : 14,7 cm. Paris, Musée de l’Orangerie © Christie’s 2018

Paul Guillaume, formé par Guillaume Apollinaire avec qui il se lia d’amitié en 1911, rassembla des sculptures africaines et océaniennes et monta des expositions d’abord à New York puis à Paris. Les "Annales coloniales" du 14 juillet 1912 annonçaient la création de la "Société d’art et d’archéologie nègre", dont Paul Guillaume se présentait comme le délégué. En 1913, il fonda également "la Société des Mélanophiles", dont firent sans doute partie Apollinaire, Marius de Zayas et Savinio.

La création de ces deux sociétés savantes concrétisait la volonté de Paul Guillaume et celle de Guillaume Apollinaire de légitimer leur intérêt pour l'art africain, lui donner une assise scientifique et témoigner d'un regard historique, en même temps qu'esthétique.
Pour constituer son fonds, Paul Guillaume cherchait des objets auprès des artistes, fréquentait l'Hôtel Drouot et développait ses propres importations avec les "coloniaux". Il contribua à la popularisation de l’art nègre et influença durablement les goûts des collectionneurs. "Je suis un révolutionnaire", écrivait-il. Même si la révolution avait déjà commencé avec Carl Einstein, Vlaminck ou Apollinaire quand il fit son apparition sur la scène française et internationale mais, il était en prise avec son époque, en affirmant au sujet de l’exposition et de la Fête nègre de 1919 dans sa revue Les Arts à Paris sous le pseudonyme de Collin d’Arbois : "Nous n’avons fait ni ethnographie, ni histoire. Nous nous sommes placés du point de vue de l’art".
Le 9 novembre 1965, cette statuette Lega a été vendue ainsi que l’ensemble de la collection et du stock d’art africain de Paul Guillaume qui se trouvait toujours chez sa veuve, Domenica Walter. Elle était reproduite dans le catalogue et figurait aussi dans un des deux albums de Paul Guillaume consacrés exclusivement aux arts extra-européens. Ces volumes, probablement réalisés dans les années 1930, permettent d’entrevoir ce qui pouvait se trouver entre les mains du marchand.

Catalogue de la vente de l’ancienne collection Paul Guillaume, Art Nègre, Hôtel Drouot, 9 novembre 1965.

 

Entre 1915 et 1916, Modigliani réalise quatre portraits peints de son mécène. Le premier d’entre eux, conservé au musée de l’Orangerie, proclame la relation privilégiée qu’entretiennent le marchand et l’artiste en ce début de 1915. Paul Guillaume, qui n’a alors que vingt-trois ans, y prend la pose dans l’appartement de l’amie de Modigliani, Beatrice Hastings.
En lettres capitales, sur le modèle des enseignes publicitaires - mais aussi des toiles de ses compatriotes futuristes -, Modigliani écrit le nom du marchand, ainsi que des inscriptions, en un manifeste teinté d’humour : c'est Paul Guillaume, "Novo Pilota", qui donne la direction. A la manière d’un pilote automobile ou d’un pionnier de l’aviation, il prend en main la destinée de la jeune peinture.
Sur un registre plus personnel, Modigliani l’invoque en nouveau guide de sa vie d’artiste : en pleine guerre, dans un moment de profond dénuement, Paul Guillaume endosse le rôle d’un soutien matériel et moral.
En dehors de ses portraits peints, Modigliani a réalisé plusieurs dessins de son marchand et mécène. Celui acquis lors de la vente à la maison Ader le 24 mars 2017 se rapporte directement au portrait peint.

Le Portrait de Paul Guillaume à mi-cuisse, à la ligne claire, croque la nonchalance du modèle en dandy, une main tenant son col. Différent dans sa composition de la toile conservée à l’Orangerie, il s’y rapporte directement par l’inscription en lettres capitales "NOVO PILOTA" en bas à gauche, surmonté d’une croix, à l’exacte même place. Si le dessin est non daté, ces éléments précis nous amènent à proposer une datation contemporaine de celle de la toile.

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Amedeo Modigliani, Portrait de Paul Guillaume à mi-cuisse

L’acquisition de cette œuvre provenant directement de la collection Paul Guillaume est une opportunité rare pour le musée de l’Orangerie puisqu’il est resté dans la famille de Domenica Walter, mais aussi par le lien étroit entretenu avec le portrait peint déjà conservé à l’Orangerie.