Jeudi 12 décembre 2019
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Acquisitions récentes

Portrait de Guillaume Apollinaire de Marie Laurencin

Acquis en vente publique le 7 novembre 2019, Portrait de Guillaume Apollinaire de Marie Laurencin vient compléter l’ensemble conservé dans la collection Walter-Guillaume du musée de l’Orangerie.

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Marie Laurencin (1883-1956), Portrait de Guillaume Apollinaire, 1908-1909
28,2 x 20,3 cm, huile sur carton © Fondation Foujita / Adagp, Paris, 2019

En mai 1907, Pablo Picasso présente Marie Laurencin à Guillaume Apollinaire à la galerie Laffitte, où la jeune artiste expose pour la première fois.
À vingt-quatre ans, elle a déjà tissé un réseau de relations dans le monde des arts, avec Georges Braque, Francis Picabia, Georges Lepape rencontrés à l’académie Humbert - qu’elle fréquente à partir de 1904 -, ou avec Henri-Pierre Roché, son amant et mentor qui, le premier, s’intéresse à son travail et contribue à la réputation de femme indépendante et émancipée qu’elle cultive.
Elle entretient jusqu’en 1912 une relation passionnée avec Apollinaire et fréquente avec lui le Bateau-Lavoir, puis Montparnasse, au coeur de l’avant-garde parisienne. Laurencin se lie d’amitié avec Fernande Olivier, Max Jacob, André Salmon mais aussi avec Gertrude Stein.
En 1908 elle peint Groupe d’artiste, composition rassemblant Picasso, Fernande Olivier, elle-même et, au centre, Guillaume Apollinaire. Acheté par la collectionneuse et mécène américaine Gertrude Stein, il est aujourd’hui conservé au Baltimore Museum of Art. Ce tableau précède une peinture plus allégorique, hommage au poète, Apollinaire et ses amis achevée l’année suivante, sur laquelle sont rassemblées les mêmes figures auxquelles s’ajoutent les poètes Marguerite Guillot et Maurice Cremnitz ainsi que Gertrude Stein.
L’une de ces études, cette petite peinture, anticipe plutôt qu’elle ne prépare véritablement les deux tableaux remarquablement importants dans l’oeuvre de l’artiste. Elle est peinte dans la manière caractéristique de Laurencin autour de 1908. Le sujet est présenté très directement, de face, frontal, torse nu, sans détails. Le portrait est dessiné rapidement d’un trait ferme et simplifié, avec une simplicité qui correspond à la description qu’Apollinaire fait de ses peintures présentées au Salon des Indépendants de 1909. La frontalité accentuée de la peinture, le regard perçant, l’attention portée à la bouche dessinée, presqu’incisée et peinte font de cette oeuvre une évocation vivante et émouvante de la relation entre les deux artistes.
Cette oeuvre est antérieure à l’ensemble conservé aujourd’hui dans la collection Walter-Guillaume du musée de l’Orangerie. Elle en est aux origines puisque Guillaume Apollinaire constitue une figure tutélaire pour Paul Guillaume. Plus exactement, Marie Laurencin a rencontré Paul Guillaume avant 1912 (date de la première lettre conservée dans les archives du musée), sans doute grâce à Apollinaire qui l’a constamment guidé jusque à sa mort en 1918 et l’a fermement et judicieusement conseillé sur les orientations à donner à sa galerie.
Direction

Nature morte aux fruits d’André Derain

Acquise en vente publique le 4 juin 2019, Nature morte aux fruits d'André Derain vient compléter le riche ensemble des œuvres de l'artiste conservé par le musée de l’Orangerie, témoignage des liens qui unissaient le peintre et le marchand Paul Guillaume, à l'origine de cette collection.

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André Derain (1880-1954), Nature morte aux fruits, vers 1920
Huile sur panneau, 46 x 55 cm. © Christie’s Images Ltd 2019 © ADAGP, Paris

En 1916, c'est en effet dans la galerie Paul Guillaume que Derain organise sa première exposition personnelle, à l'initiative de Guillaume Apollinaire. Il signe ensuite en 1922 avec le marchand un contrat d’exclusivité d’achat de ses œuvres, leur collaboration fructueuse et prolifique ne prenant fin qu’avec la mort soudaine de Paul Guillaume en 1934.
Nature morte aux fruits s'inscrit parfaitement dans le corpus homogène des Derain de l'Orangerie, constitué de paysages, natures mortes, nus et portraits, représentatifs du goût de Paul Guillaume pour le versant classicisant de l’artiste.
Après avoir été l'un des instigateurs de la révolution fauve au début du XXe siècle, Derain opère progressivement un tournant stylistique. A la veille de la Première Guerre mondiale, il affirme son goût pour l’art des primitifs italiens, en germe depuis 1911. La Cène (Chicago, The Art Institute), peinte cette année-là, témoigne de cette nouvelle manière. Puisant aux sources de la "grande" peinture, Derain y affermit son esthétique archaïsante, synthétique et plane, dont la matité chromatique s’oppose à l’outrance des Fauves.
Mobilisé dès le début du conflit, Derain reprend les pinceaux en 1918 à la faveur de ses permissions. Stationnant l’année suivante à Mayence, il y découvre l'industrie textile et l’univers de la scène, concevant les décors et costumes pour L’Annonce faite à Marie de Claudel, avant de travailler aux décors, costumes et rideau de scène de La Boutique fantastique, présentée par les Ballets russes à l’Alhambra de Londres, le 5 juin 1919.Peinte au cours de cette période la Nature morte aux fruits est tributaire de cette esthétique théâtrale, qui renoue avec le style adopté par Derain avant-guerre. Telle un décor de théâtre, la composition est très épurée et synthétique. Le traitement en aplat des feuilles est caractéristique des années 1919-1920 chez l'artiste, tout comme celui du pot en terre, cylindrique et haut.L’intérêt de Derain pour le décoratif se conjugue ici avec celui pour la peinture du Quattrocento. La palette claire, les formes stylisées évoquent les coloris mats des artistes siennois et l'oiseau rappelle le Prêche de Saint François, fresque exécutée par Giotto dans la basilique d’Assise. Ce motif était déjà présent dans Le Joueur de cornemuse de 1911 (Minneapolis Institute of Art), œuvre représentative de la période "byzantine" ou "gothique" de l’artiste.
Puissante et hermétique, d’une grande simplicité formelle, Nature morte aux fruits témoigne de la volonté qu'a Derain d’atteindre la vérité silencieuse des choses, construisant ses œuvres "selon une cosmogonie spirituelle".
 

Le musée de l’Orangerie a acquis une statuette Lega provenant de la collection Paul Guillaume après une vente du 30 octobre 2018 à Paris, de gré à gré.

Les scarifications en forme de cercle, la simplification formelle font de cette figurine un objet très caractéristique des productions du peuple Lega vivant au coeur des forêts d’Afrique centrale. Franchir les échelons au sein de cette société impliquait une série d’initiations accompagnés de présents et de paiements. Certaines cérémonies se marquaient par le dévoilement du "panier du pouvoir" qui contenait insignes, cuillères et statuettes en ivoire ou en corne d’éléphant. De petite taille, les statuettes portent toutes un nom et évoquent une histoire. Lors d’une nouvelle initiation, les grands initiés sortaient les ivoires de leur sac, les installaient et les frottaient avec de l’huile ce qui leur donne une belle patine dorée et chaude.

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Statuette Lega (Congo). Ivoire. Soclée par Kichizô Inagaki (1876-1951) Hauteur : 14,7 cm. Paris, Musée de l’Orangerie © Christie’s 2018

Paul Guillaume, formé par Guillaume Apollinaire avec qui il se lia d’amitié en 1911, rassembla des sculptures africaines et océaniennes et monta des expositions d’abord à New York puis à Paris. Les "Annales coloniales" du 14 juillet 1912 annonçaient la création de la "Société d’art et d’archéologie nègre", dont Paul Guillaume se présentait comme le délégué. En 1913, il fonda également "la Société des Mélanophiles", dont firent sans doute partie Apollinaire, Marius de Zayas et Savinio.

La création de ces deux sociétés savantes concrétisait la volonté de Paul Guillaume et celle de Guillaume Apollinaire de légitimer leur intérêt pour l'art africain, lui donner une assise scientifique et témoigner d'un regard historique, en même temps qu'esthétique.
Pour constituer son fonds, Paul Guillaume cherchait des objets auprès des artistes, fréquentait l'Hôtel Drouot et développait ses propres importations avec les "coloniaux". Il contribua à la popularisation de l’art nègre et influença durablement les goûts des collectionneurs. "Je suis un révolutionnaire", écrivait-il. Même si la révolution avait déjà commencé avec Carl Einstein, Vlaminck ou Apollinaire quand il fit son apparition sur la scène française et internationale mais, il était en prise avec son époque, en affirmant au sujet de l’exposition et de la Fête nègre de 1919 dans sa revue Les Arts à Paris sous le pseudonyme de Collin d’Arbois : "Nous n’avons fait ni ethnographie, ni histoire. Nous nous sommes placés du point de vue de l’art".
Le 9 novembre 1965, cette statuette Lega a été vendue ainsi que l’ensemble de la collection et du stock d’art africain de Paul Guillaume qui se trouvait toujours chez sa veuve, Domenica Walter. Elle était reproduite dans le catalogue et figurait aussi dans un des deux albums de Paul Guillaume consacrés exclusivement aux arts extra-européens. Ces volumes, probablement réalisés dans les années 1930, permettent d’entrevoir ce qui pouvait se trouver entre les mains du marchand.

Catalogue de la vente de l’ancienne collection Paul Guillaume, Art Nègre, Hôtel Drouot, 9 novembre 1965.

 

Entre 1915 et 1916, Modigliani réalise quatre portraits peints de son mécène. Le premier d’entre eux, conservé au musée de l’Orangerie, proclame la relation privilégiée qu’entretiennent le marchand et l’artiste en ce début de 1915. Paul Guillaume, qui n’a alors que vingt-trois ans, y prend la pose dans l’appartement de l’amie de Modigliani, Beatrice Hastings.
En lettres capitales, sur le modèle des enseignes publicitaires - mais aussi des toiles de ses compatriotes futuristes -, Modigliani écrit le nom du marchand, ainsi que des inscriptions, en un manifeste teinté d’humour : c'est Paul Guillaume, "Novo Pilota", qui donne la direction. A la manière d’un pilote automobile ou d’un pionnier de l’aviation, il prend en main la destinée de la jeune peinture.
Sur un registre plus personnel, Modigliani l’invoque en nouveau guide de sa vie d’artiste : en pleine guerre, dans un moment de profond dénuement, Paul Guillaume endosse le rôle d’un soutien matériel et moral.
En dehors de ses portraits peints, Modigliani a réalisé plusieurs dessins de son marchand et mécène. Celui acquis lors de la vente à la maison Ader le 24 mars 2017 se rapporte directement au portrait peint.

Le Portrait de Paul Guillaume à mi-cuisse, à la ligne claire, croque la nonchalance du modèle en dandy, une main tenant son col. Différent dans sa composition de la toile conservée à l’Orangerie, il s’y rapporte directement par l’inscription en lettres capitales "NOVO PILOTA" en bas à gauche, surmonté d’une croix, à l’exacte même place. Si le dessin est non daté, ces éléments précis nous amènent à proposer une datation contemporaine de celle de la toile.

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Amedeo Modigliani, Portrait de Paul Guillaume à mi-cuisse

L’acquisition de cette œuvre provenant directement de la collection Paul Guillaume est une opportunité rare pour le musée de l’Orangerie puisqu’il est resté dans la famille de Domenica Walter, mais aussi par le lien étroit entretenu avec le portrait peint déjà conservé à l’Orangerie.