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Enceinte des Fossés jaunes

 



Le bâtiment de l'Orangerie a été édifié sur l'emplacement d'un bastion, construit dans la seconde moitié du XVIe siècle, d'une des enceintes de Paris, l'enceinte dite "des Fossés jaunes". On en présente ici la reconstitution in situ de deux tronçons. Le bastion des Tuileries était un ouvrage symétrique comportant deux faces maçonnées talutées, cantonnées de deux orillons. Des contreforts régulièrement disposés maintenaient des remblais de terre confortant la maçonnerie.

 

Plan de Vassalieu, dit Nicolay, 1609.
Musée du Louvre, photographie Pierre Philibert

 

Une enceinte bastionnée

Ébauché par François Ier, devant les menaces que faisait peser sur son royaume l'empereur Charles Quint, le remplacement de la vieille enceinte médiévale de Charles V par un système de fortifications plus moderne résistant aux assauts d'artillerie fut activement poursuivi à partir de 1553 avec la construction de huit bastions à l'Est et au Nord de Paris.
La décision d'élargir l'emprise de cette nouvelle enceinte vers l'Ouest fit suite aux premiers travaux de construction du palais et du jardin des Tuileries par la reine-mère, Catherine de Médicis (1564). Celle-ci, désireuse d'avoir un palais d'agrément à l'italienne près du Louvre où résidait son fils Charles IX, voulait protéger son nouveau domaine contre une autre menace, celle des huguenots.
Cette nouvelle clôture, tracée ex nihilo à partir de 1565, comprenait six bastions. Le surnom d'enceinte des "Fossés jaunes" lui serait venu de la couleur de la terre de ses fossés, ou, peut-être, de la coloration d'un plan aujourd'hui perdu.
La confrontation des sources anciennes et des observations archéologiques permet de situer le chantier de construction du bastion entre 1565 et 1581, avec une interruption des travaux entre 1567 et 1579. La prolongation du mur au Nord vers la porte Saint-Denis fut entreprise dans les années 1630, et la nouvelle enceinte de Paris était achevée en 1647.
Elle devait prouver par deux fois son efficacité… contre les armées du roi, d'abord pendant l'été 1590, lors du siège de Paris par Henri IV, puis à nouveau en 1649, pendant la Fronde quand la ville subit les attaques des troupes royales emmenées par Condé.
C'est en partie en réaction contre l'insubordination parisienne que Louis XIV déclassa l'enceinte vingt ans après son achèvement, en 1670, déclarant Paris ville ouverte et remplaçant ses "boulevards" (mot hollandais désignant le terre-plein d'un rempart) par des "cours" (promenades plantées).

 

 

Plan de Jacques Gomboust, 1652.
Musée du Louvre, photographie Pierre Philibert

 

De la fortification au jardin

Le bastion des Tuileries était déjà passé pour sa part de la vocation militaire à celle d'agrément, sa position en léger surplomb offrant un point de vue magnifique sur la Seine et la campagne environnante. Louis XIII, qui utilisait depuis sa jeunesse le terrain en triangle situé au sommet du bastion comme garenne pour la chasse, dotée d'un chenil et d'une ménagerie de bêtes "farouches", le concéda en 1630 à Gilles Renard, commissaire des guerres du royaume, qui le transforma en un jardin de fleurs rares fréquenté par la haute société parisienne.
Louis XIV fit redessiner entre 1666 et 1672 les jardins des Tuileries par André Le Nôtre, qui repoussa le fond du jardin jusqu'à son extrême limite, tirant le meilleur parti possible de l'existant. Prenant appui sur les deux murs du bastion, il enroula la terrasse en fer à cheval derrière les pans coupés du mur de fond. Le grand bassin octogonal reprenait le tracé anguleux du mur. Enfin, une brèche ouverte dans le flanc Nord du bastion, dans le grand axe du jardin,  transformant le fossé défensif en saut-de-loup, portait l'œil à travers une immense perspective rectiligne jusqu'à "l'Étoile de Chaillot".

 

Plan de Pierre Nicolas Le Roy,
1762. Musée du Louvre,
photographie Pierre Philibert

 

Du jardin à la place

La création de la place Louis XV sur les plans de Gabriel, en 1756, nécessitait, pour une parfaite régularité du plan, la clôture du fond du jardin par un mur rectiligne, qui ne fut réalisé que sous l'Empire par l'architecte Fontaine. C'est alors que le flanc Sud du vieux bastion fut arasé, amputé de ses plus belles pierres de taille, afin de prolonger son flanc Nord par un mur régulier reliant les deux terrasses des Feuillants et du Bord de l'eau.

 

Vue générale des vestiges à l’extérieur du musée de l’Orangerie.
INRAP, photographie Paul Celly

 

Que reste-t-il de l’enceinte ?

L'enceinte des Fossés jaunes est sans doute celle qui a laissé les traces les plus ténues dans le tissu parisien. Aucune rue ne suit son tracé. Seuls quelques débris de murs sont encore visibles, comme celui provenant du bastion Saint-Honoré, qui se trouve dans un sous-sol de la rue Cambon. La mise au jour du flanc Sud du bastion des Tuileries, lors de l'extension du musée de l'Orangerie (2003), a permis par déduction d'identifier son autre flanc dans le mur qui délimite le jardin sur la place de la Concorde. On y retrouve le mur en talus et le cordon horizontal surmonté du parapet vertical, caractéristiques d'une enceinte bastionnée. Seule la balustrade ajoutée en 1854 témoigne du changement d'usage.

 


 

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