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Le cycle des Nymphéas
Expérience et création
Un "tout sans fin"
Un monument à la paix

 


Un "tout sans fin"

 



Le "jardin d'eau" avec des visiteurs, vers 1898

 

La pensée et le mouvant

L'expérience du visiteur à travers les salles de l'Orangerie reproduit mutatis mutandis celle de Monet et de ses hôtes à travers le "jardin d’eau" : déambulation sans trajectoire précise, empathie rêveuse, errance de "la pensée" aux prises avec "le mouvant" (dont le philosophe Bergson poursuivait simultanément l'exploration), sentiment diffus de l'infini se prolongeant en contemplation quasi religieuse… C'est l'effet des partis esthétiques mis en oeuvre par l'artiste avec une totale cohérence, notamment dans l'organisation très concertée et le choix même des lieux, qui font partie intégrante de l'oeuvre et en parachèvent le propos.

 

 

Monet dans l'atelier des Nymphéas, fin 1915 ou début 1916
© Philippe Piguet

 


Figures de l'infini

Dès l'aube de son grand dessein, Monet avait imaginé un ensemble panoramique "enveloppant toutes les parois de son unité" et donnant "l'illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage". Quand il en entreprend la réalisation dix-sept ans plus tard, il fait construire un vaste atelier qui lui permet de préfigurer à volonté cet agencement : "L'artiste devenu manoeuvre, raconte un visiteur, fait mouvoir les lourds chevalets à roulettes sur lesquels sont placés, presque au ras du sol, des panneaux en longueur. Je me trouve bientôt comme au centre d'un bassin enchanté...". Enfin, l'élaboration de scénarios successifs pour l'espace destiné à accueillir les Nymphéas lui permet de préciser et d'affiner ses conceptions, le faisant passer "du cercle à l'ovale, puis à une double ellipse qui dessine le signe de l'infini". 

 



La salle 2 des Nymphéas à l'Orangerie, vers 1926

 

Le génie du lieu

Bien que relativement tardif, le choix de l'orangerie des Tuileries pour les Nymphéas, longtemps restés sans destination précise, est en pleine consonance avec la pensée de Monet. La situation entre fleuve et jardin est appropriée à ce grand poème de l'eau et des fleurs ; la forme oblongue en favorise le déploiement proprement interminable ; l'orientation alignée sur le grand axe est-ouest de Paris, celui du lever et du coucher du soleil, l’intègre à l'ordre cosmique (ce que souligne l'emplacement à l'ouest des deux compositions vespérales, Reflets d'arbres et Soleil couchant)... Le cours de la Seine, parallèle au tracé du bâtiment, est comme la métaphore de l'écoulement du temps, sujet central des Nymphéas. Enfin, la place privilégiée des Tuileries dans l'inspiration passée de Monet confère à son chef-d'oeuvre "testamentaire" une discrète dimension autobiographique et l'isolement même de la terrasse - "lieu désert, au coeur de Paris, comme donnant le sacre de l'inaccessible à la grande oeuvre qu'[il] recèle", selon les mots du surréaliste André Masson - est une invite au recueillement.

 




 

 


 



Le cycle des Nymphéas
Expérience et création
Un "tout sans fin"
Un monument à la paix

 

© Musée de l'Orangerie / RMN-Grand Palais

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