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Salles Utrillo et Soutine Collection Jean Walter et Paul Guillaume Paris, musée de l'Orangerie
Dès le début de sa carrière, Paul Guillaume a connu Utrillo : « Un jour qu'il était dans une de ces sombres misères qui semblent avoir été ses compagnes tendres et fidèles, je l'ai vu peindre une devanture de boutique rue Fontaine, à Montmartre. Livide, édenté, effrayant, il descendit de son échelle pour me serrer la main ; nous dialoguâmes un instant. Utrillo se plaignait de l'existence pour lui si dure ». Alcoolique, le fils de Suzanne Valadon se sent mal aimé. Toiles et pinceaux l’aident à surmonter un quotidien douloureux, scandé d’internements et de cures de désintoxication. « Dans ses rues écartées, écrit Francis Carco, je découvre toujours une attente obstinée, un espoir, la souffrance perpétuellement avide de retenir l’image de son supplice. Cette sensation domine tout. Elle compose un drame immobile et muet ». Mais au-delà de l’ambiance cafardeuse de ses cieux gris et de ses façades lépreuses, ses œuvres manifestent, surtout à ses débuts, une véhémence qui les apparente souvent au meilleur de l’expressionnisme européen. Sa technique picturale (empâtements, triturations, surfaces maçonnées) restitue les propriétés intimes des choses et imprime aux tableaux la violence intérieure et la douleur de l’artiste.
Peut-être sous l’impulsion de son client le Dr Barnes, qui achète les œuvres de Soutine par dizaines, Paul rassemble également, à partir des années 1920, un ensemble massif de tableaux du peintre d’origine lithuanienne. Avec ceux d’Utrillo, ils apportent une note dramatique à la collection. Les figures et les paysages saisis d’un pinceau convulsif, les effusions colorées s’inscrivent dans une veine instinctive et souvent tourmentée qui va de Munch (Le Cri) à l’expressionnisme abstrait des années 1950. Chez Soutine, le jaillissement compulsif de la peinture est tout à la fois l’expression d’un drame et l’épanchement d’une force vitale.
« Amateur de débâcles » (Waldemar George), « Paul Guillaume a été attiré de tout temps par le déséquilibre et l’asymétrie, par des œuvres qui sont des forces latentes, parallèles aux forces de la nature, par des esprits que mine le doute philosophique ». Cet aspect de sa personnalité fait bon ménage avec ses penchants « classiques ». Ainsi, l’acheteur des grandes Baigneuses de Picasso affirme-t-il sa préférence pour des Utrillo « luxuriants et agressifs » comme La Maison Bernot. Il sait aussi percevoir chez Soutine, auteur de la paisible Belle Anglaise comme de l’inquiétant Garçon d’étage, combien « la mesure et la démesure luttent et s’équilibrent ».
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