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Salle Matiise, Derain, Picasso Collection Jean Walter et Paul Guillaume Paris, musée de l'Orangerie
Au lendemain de la Grande Guerre, la figure humaine, chahutée par les Fauves et comme pulvérisée par les Cubistes, retrouve ses droits. Réapparaissent aussi le volume et la perspective. Après l’aventure fauve (1905-1906), Derain s’ouvre aux leçons de Cézanne et de ses Baigneuses, puis à celles des « maîtres », de Raphaël à Renoir : en témoignent ses figures monumentales des années 1920 et 1930 (Nu à la cruche). De son côté, Picasso anticipe dès 1906 – et même dès sa période bleue avec certaines figures robustes comme celles de L’Etreinte – le futur « retour à l’ordre ». Lors d’un séjour à Gosol dans les Pyrénées espagnoles où il redécouvre l’art roman, il abandonne définitivement les personnages très « fin-de-siècle » de ses premières périodes, auxquels succèdent de puissantes créatures, totems ancrés au sol dans des attitudes toutes classiques (Les Adolescents). Celles-ci réapparaîtront plus puissantes encore dans les grands nus des alentours de 1920, où passent des souvenirs de Poussin, d’Ingres et de la sculpture antique. Quant à l’ancien fauve Matisse, il aborde un tournant dans sa production en s’installant à Nice à partir de 1918 : ses « odalisques » se souviennent de l’orientalisme d’Ingres, de Delacroix, et plus récemment de Renoir, à qui il rend plusieurs fois visite. « Matisse convoque avec force tout ce qu’il sait de la peinture moderne, tout ce qu’il sait de la sienne et tout ce qu’il sait de celle de ses aînés. » (Dominique Fourcade)
Les années 1920 marquent ainsi un moment de réconciliation entre « avant-garde » et « tradition », dont témoignent les accords inattendus qui s’établissent entre plusieurs chefs-d’œuvre de la collection : la Table de cuisine de Derain, avec ses références aux natures mortes du XVIIe siècle, utilise une syntaxe plastique proche de celle de la Grande nature morte de Picasso. Le Beau modèle de Derain se place sous le patronage explicite de Renoir dont l’influence, écrit Matisse, « nous sauve de l’abstraction pure en ce qu’elle a de desséchant ». Mais au-delà de l’hommage au « maître de Cagnes », la plupart des œuvres ici réunies (Nu drapé étendu de Matisse, Femme au tambourin de Picasso, …) témoignent de la réappropriation de ce corps humain, et surtout féminin, qui est au cœur de toute la « grande tradition » depuis l’Antiquité.
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