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"Entre Picasso et le Douanier Rousseau" : Marie Laurencin

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Salle Marie Laurencin
Collection Jean Walter et Paul Guillaume
Paris, musée de l'Orangerie

Les débuts de Marie Laurencin sont marqués par l’esthétique fin-de-siècle de 1900. Elle s’éprend d’abord des figures angéliques des vieux maîtres italiens : « Ghirlandajo et Botticelli étaient nos peintres favoris. Quelques visages de mes compagnes, dans leurs grâces d’adolescentes, étaient les modèles de cette école italienne. » Cette veine délicate, revue par les symbolistes qui y ajoutèrent une note ambiguë, la marque profondément : les jeunes filles évanescentes qui vont peupler sa peinture procèdent de ces enthousiasmes de jeunesse. Puis, après un apprentissage du dessin et de la peinture sur porcelaine et un passage par un atelier académique, Marie, sous l’influence d’Apollinaire, bascule du côté de l’avant-garde. Un temps sensible au fauvisme, elle pourra déclarer par la suite : « Le peu que j’ai appris m’a été enseigné par ceux que j’appelle les grands peintres, Matisse, Derain, Picasso, Braque. »

A partir de 1910, sa palette vire au gris, au rose, au bleu tendre, au vert turquoise. Le « menton ogival » (André Breton) de ses héroïnes, leurs robes plissées en éventail, se ressentent de la géométrie cubiste : « comme artiste, on peut placer Mlle Laurencin entre Picasso et le Douanier Rousseau », écrit Apollinaire. Une œuvre comme Danseuses espagnoles (vers 1919), toute en pointes, angles, brisures, a gardé le tranchant des figures cubistes. Mais les regards absents, les visages et les membres comme poudrés de blanc de ses héroïnes vidées de leur sang, le caractère posé de ces marionnettes, confèrent à la scène, baignant dans un fond émeraude, un climat d’attente confuse.

Sans doute est-ce par l’intermédiaire d’Apollinaire que Paul Guillaume, vers 1912, entre en relations avec elle. La jeune femme achève alors une liaison avec le poète. Sans être son marchand en titre, Paul Guillaume achète et vend de nombreuses œuvres d’elle. Devenue, dans les années 1920, la portraitiste du Tout-Paris, elle peint, dans une harmonie en gris et rose, la belle Domenica (qui fut peut-être un peu plus que son amie). Pour les Ballets russes de Diaghilev, elle compose en 1924 les décors et les costumes du ballet Les Biches, sur un livret de Jean Cocteau et une musique de Francis Poulenc. Désormais, son style n’évolue plus guère. La magie s’évente ; avec le temps et malgré d’infinies nuances, sa peinture devient plus suave que mystérieuse.

 

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