Paysage au toit rouge ou Le Pin à l’Estaque

Pine Tree at L'Estaque or Landscape with Red Roof

A la fin de sa vie, Camille Pissarro (1830-1903) écrit : "Cézanne [...] a subi mon influence à Pontoise et moi la sienne. [...] Parbleu, nous étions toujours ensemble ! mais ce qu'il y a de certain, chacun gardait la seule chose qui compte, "sa sensation"... ce serait facile à démontrer..." (lettre à son fils Lucien, 22 novembre 1895). Cette toile est symptomatique de l’influence qu’a pu avoir Pissaro sur Cézanne après les séjours partagés à Pontoise et à Auvers, notamment par le choix du format vertical pour le paysage et par l’usage du premier plan avec le tronc d’arbre et le muret. Ainsi lors d’un séjour à l’Estaque en 1876 pendant lequel Cézanne réalise cette toile, Cézanne partage avec Pissarro ses nouvelles découvertes et cherche à l'attirer vers la lumière de sa région natale. Cependant le geste de Cézanne reste très singulier : l'inclinaison du tronc et les branches entraînent le regard vers les arbres situés au centre de la composition. Une plongée suggérée malgré l'absence totale de plan intermédiaire. Les touches, épaisses et fortement différenciées, ne sont pas encore agencées de façon systématique comme ce sera le cas dans sa période plus tardive. Mais déjà la matière et le modelé des objets s'annoncent comme une des priorités du peintre. Les séjours de Cézanne à l’Estaque furent nombreux et lui inspirèrent la plupart de ses vues de mer. Cette œuvre est présentée lors de la célèbre rétrospective Cézanne au Salon d'automne de 1904 à Paris, qui constitue notamment un événement fondateur pour la genèse du fauvisme et plus tard du cubisme.

Provenance : A. Vollard, Paris ; Mrs Henry P. Newmann, née von Duering, Hambourg ; Galeries Wildenstein, Paris-Londres-New-York ; acheté par Domenica Walter en 1953