Odalisque bleue ou L'Esclave blanche

Odalisque bleue ou L'Esclave blanche

"Matisse en mourant, m'a légué ses odalisques" (1) confiera Picasso à Roland Penrose après la mort du maître. C'est dire l'importance qu'il accordait à cette série d'oeuvres peintes à Nice dans les années vingt. Matisse reprend une grande tradition iconographique du XIXe siècle, illustrée magistralement par Ingres et Delacroix. Le thème réveille en lui l'"heureuse nostalgie" de ses séjours en Algérie, au Maroc ou à Séville.
Le thème de l'odalisque est pour Matisse, prétexte à "faire du nu". Ce que recherche le peintre c'est l'intégration d'un corps modelé et ombré dans un décor ornemental qui affirme la planéité du tableau. L'odalisque lui permet d'intégrer dans ses compositions l'art décoratif islamique, qu'il admirait tant, surtout depuis l'exposition de Munich en 1910.
Matisse aménage un coin de son appartement pour mettre en scène ses modèles : une estrade, des portants pour fixer les textiles, un paravent. Le plus souvent, quelques signes suffisent à évoquer l'Orient : un sarouel, des bracelets.
Dans cette toile, le décor est réduit au paravent mauresque, véritable personnage de la période niçoise, que l'on retrouve dans l'Odalisque à culotte rouge. Le modèle est enfermé dans un espace restreint. La pose au bras levé, fréquente dans la série des odalisques, met en valeur le galbe de poitrine. La composition est peinte dans un camaïeu de bleus et dans une matière fluide qui évoque l'aquarelle.

(1) Roland Penrose, Picasso, Paris, Flammarion, 1982, p. 159

Provenance : Bernheim-Jeune (achat à Matisse le 22 mars 1922) ; J. Quinn (?) (vendu le 26 septembre 1922) ; Paul Guillaume en 1929 ; Domenica Walter