Nu à la cruche

Nu à la cruche

Derain montre ici une figure de femme grandeur nature assise dans un univers très minéral. Il aimait peindre des nus en extérieur, associés au sable ou au roc, où les formes s’enchaînent de manière harmonieuse. L’arrière-plan est ici composé de collines brunes et vertes aux lignes obliques. Elles sont adoucies seulement par les eaux d’un lac à droite répondant au bleu du ciel.  Le ciel a été repeint par Derain qui avait sans doute laissé plus de place aux montagnes à l’origine. Une cruche posée sur un linge blanc en bas à droite cale la composition.
Le corps du modèle féminin, cerné de noir, est représenté de façon tantôt réaliste, tantôt seulement esquissé. Les doigts de la main droite et les orteils par exemple ne sont qu’évoqués. Mais les yeux  du modèle ne regardent pas le spectateur et son visage est très figé. Derain lui a en fait donné l’apparence d’un masque métallique, au nez droit, tels ceux qu’il réalisa plus tard en bronze.
Derain pratiquait la photographie depuis 1910 et  s’y adonna de manière croissante dans les années 1920. Le peintre s’est peut-être inspiré ici d’une photographie qui a été retrouvée, où un modèle est assis de manière très proche, pour trouver la pose de ce tableau. Il reprit ensuite exactement la pose de la toile pour une de ses gravures.

Provenance : Paul Guillaume ; Domenica Walter