Nature morte au faisan

Nature morte au faisan

Dans sa série de natures mortes aux volailles, Soutine a peint quelques faisans qui le fascinaient par leur plumage très coloré.
Cette nature morte évoque un cadavre ou même un Christ mort sur son linceul. La volaille est en effet posée sur un linge blanc, véritable drap mortuaire, et serait veillée par la cruche blanche à l’arrière-plan. Un objet énigmatique, sans doute une cuillère, semble jaillir du bec verseur de la cruche.  La table est basculée à l’avant, vers le spectateur, comme pour mieux lui livrer le spectacle.
La composition paraît animée de vagues. Tout semble onduler : la table, le corps du faisan, le linge qui l’accueille. La courbe rouge du poivron souligne le corps de la volaille et vient renforcer cette instabilité.
Le plumage de l’animal est prétexte à une orgie de couleurs : rouges, orangés, ocres, gris bleu. Des tourbillons et des coulures de jaune vif viennent animer le blanc du linge qui sert de faire valoir à l’animal. La touche est vive sur le faisan et se développe en une pâte épaisse par endroits, qui donne bizarrement de l’énergie à ce sujet inerte. Un dynamisme nouveau naît de la concentration de tous ces éléments opposés les uns aux autres autour de la composition.

Provenance : Paul Guillaume ; Domenica Walter