Les Nymphéas : Les Nuages

Les Nymphéas : Les Nuages

"On peut rêver d'un Claude Monet se dirigeant vers l'emploi des grandes nappes claires et diaprées qui furent le fief de Veronese, de Tiepolo. Ne rêvons plus, et considérons son œuvre suprême, les Nymphéas. Malgré leurs dimensions monumentales elles ne manifestent en rien les caractères de la grande décoration vénitienne ou flamande. Sa disposition d'esprit me paraît être celle d'un grand peintre "de chevalet" qui décide de donner à sa vision un champ assez vaste - assez important - pour qu'elle embrasse le monde. (Un miroir d'eau suffira pour s'identifier à l'Univers.) Vision cosmique, aimerais-je dire, si ce mot n'avait été dévié, ces dernières saisons, et proféré à propos de n'importe qui, de n'importe quoi. Ainsi Michel-Ange, créateur de figures uniques et solitaires attend le jour où une chapelle vaticane lui permettra de prendre son essor, de montrer sa toute-puissance. C'est pourquoi il me plaît très sérieusement de dire de l'Orangerie des Tuileries qu'elle est la Sixtine de l'Impressionnisme. Lieu désert au cœur de Paris, comme donnant le sacre de l'inaccessible à la grande œuvre qu'elle recèle : un des sommets du génie français."

André Masson, Monet le fondateur, Revue Verve, 1952, vol. VII, numéros 27-28, p. 68