Les Nymphéas : Les Deux Saules

Les Nymphéas : Les Deux Saules

"8 juillet 1927 - À l'Orangerie, dans deux grandes salles ovales les Nymphéas de Claude Monet. Des miroirs d'eau où affleurent les Nymphéas à toutes les heures de la journée, le matin, l'après-midi, le soir, la nuit. Claude Monet, au terme de sa longue vie, après avoir étudié tout ce que les différents motifs de la nature pouvaient répondre à la question de la lumière en fait d'ensembles colorés, a fini par s'adresser à l'élément lui-même le plus docile, le plus pénétrable, l'eau à la fois transparence, irisation et miroir. Grâce à l'eau, il s'est fait le peintre indirect de ce qu'on ne voit pas. Il s'adresse à cette surface presque invisible et spirituelle qui sépare  la lumière de son reflet. L'azur aérien captif de l'azur liquide. Surface attestée par les seules fleurs, corolles de feuilles et de pétales, émanations végétales de la profondeur, bulles, œufs ouverts. Les toiles sont collées en longues bandes concaves dont on est enveloppé, on voit à la fois de face et latéralement. La lumière battue dans du bleu, chimie del'eau. La même passion de la couleur chez Claude Monet que chez les faiseurs de vitraux de nos cathédrales. La couleur monte du fond de l'eau par nuages, par tourbillons."

Paul Claudel, Journal, 1904-1932, Paris, Editions Gallimard, 1968, T.I., p. 778