Julia Margaret Cameron (1815, Calcutta, Inde -1879, Kalutara, Ceylan)

"Cinquante paires d’yeux ne suffisaient pas pour cerner cette femme-là." Virginia Woolf, To The Lighthouse, 1927

Photographiée plus de cinquante fois par sa tante, Julia Jackson (1846-1895) est l’une des rares femmes à avoir eu le privilège de rester elle-même devant l’objectif de Julia Margaret Cameron, lorsque les autres modèles féminins étaient le plus souvent invités à prêter leurs traits à des figures bibliques, mythologiques ou littéraires. Hommage à sa beauté puritaine autant qu’à sa force de caractère, ce camée sculpté par la lumière concentre une volonté d’héroïsation de la femme victorienne contemporaine, en une image que Cameron mettra sur le marché au prix de ses portraits de grands hommes.
Cette effigie, toute en tension retenue, est aussi celle d’une filleule chérie de 21 ans au moment de son entrée dans la vie de femme, quelques jours seulement avant un mariage qui devait se conclure trois ans plus tard par un veuvage. D’un second mariage devaient naître l’écrivain Virginia Woolf et la peintre Vanessa Bell. La première décrira sa mère en 1927 à travers le personnage de Mrs Ramsay dans Au Phare. En 1945, la seconde fera don à la Bibliothèque nationale de France de plusieurs épreuves de Cameron, dont celle-ci en état de conservation exceptionnel.