Grande nature morte

Grande nature morte

Cette très belle composition est la seule œuvre cubiste qui ait été conservée par Domenica, la veuve de Paul Guillaume. Le marchand et collectionneur possédait, avant qu’elle ne les mette en vente, un ensemble de très grande qualité de toiles cubistes de Pablo Picasso. L’aspect plus classique de l’ensemble des Picasso du musée de l’Orangerie est donc du à une redéfinition postérieure à la mort du marchand et ne doit pas nous faire oublier l’audace des choix qu’il a pu faire. L’œuvre appartient à une période de création caractérisée par un cubisme tardif chez Picasso. Elle aurait été réalisée lors d’un séjour de l’artiste à Biarritz en 1918. Le sujet reste très classique puisqu’il s’agit d’une nature-morte sur une table avec bouteille, verre et compotier. Cependant les objets sont représentés grâce à la synthèse de différents points de vue, brisant les lois traditionnelles de la perspective et rendant caduque toute notion de réalisme. Ici, le dessus de la table est représenté par un grand parallélépipède beige qui semble flotter dans l’espace de manière presque verticale, plaçant ainsi les objets posés dessus dans une position d’équilibre précaire. La superposition des plans et les plages de couleurs dont l’aspect cherche à rendre la texture des matériaux (le bois) rappelle les recherches antérieures de Picasso sur les papiers collés et le cubisme synthétique comme si celles-ci avaient été transposées à une plus grande échelle plusieurs années après.

Provenance : Paul Guillaume ; Domenica Walter