Dans le parc de Château Noir

C’est la densité qui frappe d’emblée dans cette composition où la représentation de l’air semble être absente. L’espace est ici unifié en un seul plan où l’on distingue des arbres et de la végétation surgissant des roches dont les teintes vont du brun clair à l’oranger. Les teintes des troncs pourraient se confondre avec les éléments rocheux s’ils n’étaient pas cernés de noir. La touche directionnelle et fractionnée utilisée par le peintre donne toute leur vibration aux feuilles et aux touches de verdure. Cézanne a choisi son motif avec précision dans les environs de Château Noir, entre Aix-en-Provence et la Montagne Sainte-Victoire. Il loue dans cette propriété à partir de 1887 une petite pièce dans laquelle il entrepose du matériel. Entre 1887 et 1905, il peint de nombreuses fois le site sous différents angles dans des compositions à l’huile ou aquarellées. Ce point de vue spécifique sur le parc de Château Noir a inspiré à Cézanne trois versions. L’une d’elles, conservée à la National Gallery de Londres, est très proche de celle de la collection Walter-Guillaume, tout en laissant apparaître le ciel à certains endroits de la composition. La dernière version est conservée dans une collection privée en Suisse. Jusqu’à ce que des incendies récents aient ravagés la zone on pouvait retrouver très précisément le site représenté par le peintre. C’est la veuve du marchand et collectionneur Paul Guillaume qui fait l’acquisition de cette très belle toile de Cézanne unifiant le végétal et le minéral. Elle était précédemment passée entre les mains du grand marchand Ambroise Vollard ainsi que par la Galerie Bernheim à Paris.

Provenance : A. Vollard, Paris ; G. Berheim, Paris ; Dr J. Soubies (1939), Paris ; Domenica Walter