Bœuf et tête de veau

Bœuf et tête de veau

Chaïm Soutine semble fasciné par le motif du bœuf écorché qu’il représente de très nombreuses fois dans ses tableaux. Une dizaine de pièces de bœuf notamment s'échelonne sur l'année 1925. A cette époque Soutine occupe un vaste atelier rue du Saint-Gothard, non loin de Montparnasse, dans lequel il faisait porter des morceaux de carcasses d’animaux qu’il peignait directement. Cette attirance pour ce motif pourrait lui venir d’un souvenir traumatique d’enfance. Le journaliste Emile Szyttia rapporte ces propos de Soutine : "… une fois j’ai vu ce boucher couper la gorge d’une oie et la saigner. J’ai voulu crier mais son regard joyeux me rentra le cri dans la gorge", il ajoute plus loin "Quand j’ai peint le bœuf écorché, c’était encore ce cri que je voulais que je voulais libérer. Je n’y suis pas parvenu". Dans cette composition, la carcasse écorchée d’un bœuf occupe la majeure partie de la composition, tandis qu’à ses côtés la tête d’un veau est suspendue à un crochet de boucher. Les teintes rouges et jaunes traitées en larges touches pour rendre les chairs ensanglantées se détachent sur un fond uni et sombre. Au-delà des souvenirs d’enfance, il faut également souligner l’admiration que Soutine porte au peintre néerlandais Rembrandt (1606-1669), dont il avait admiré les toiles au musée du Louvre et notamment son Bœuf écorché de 1655.

Provenance : Paul Guillaume ; Domenica Walter