Paul Guillaume et l'art africain

Trois masques africains généreusement déposés par le Musée du Quai Branly rappellent le rôle éminent de Paul Guillaume dans la connaissance et la reconnaissance de l'art africain au début du XXe siècle. Jeune employé dans un garage, il expose dès 1911 quelques objets reçus dans les cargaisons de caoutchouc destiné à la fabrication des pneus. C’est alors qu’il rencontre Guillaume Apollinaire, passionné par cet art, qui le soutient, le fait entrer dans son cercle et structure son activité. Il devient très rapidement l’un des acteurs les plus énergiques et les plus influents dans ce domaine. Devenu le courtier d’Apollinaire, il se constitue dans le même temps son propre fonds en poursuivant son activité avec ses premiers fournisseurs et en passant des annonces dans les publications destinées aux "coloniaux".

En 1912 se crée la Société d’art d’archéologie nègre dont il se présente comme le délégué  puis  l’année suivante la Société des  Mélanophiles. En 1914, par l’intermédiaire de Marius de Zayas, il envoie un lot de sculptures à Alfred Stieglitz à New York pour l’exposition "Statuary in Wood : the Roots of Modern Art".

Lorsqu’il ouvre sa première galerie en 1914, les "Soirées de Paris" (périodique dont Apollinaire est le rédacteur en chef)  précisent que l’on y trouvera "des tableaux modernes... et des sculptures nègres". Tout au long de sa carrière il s’efforce de conjuguer dans ses galeries et ses intérieurs la présentation de sculptures et peintures contemporaines et d’art africain en mettant en valeur l’aspect esthétique de ces objets qui étaient alors seulement considérés comme des objets ethnographiques. Il publie en 1917 avec Apollinaire un ouvrage très symbolique "Premier album de sculptures nègres", illustré de photographies d’œuvres de collections privées.

C’est cet intérêt partagé pour l’art contemporain et l’art africain qui favorise sa collaboration avec le docteur américain Paul Barnes de 1922 à 1929, qui ouvre une fondation près de Philadelphie. Après 1929, Paul Guillaume déclare vouloir se séparer de sa collection. Néanmoins en 1935, après son décès, cinquante numéros lui ayant appartenu figurent à une grande exposition du Metropolitan Museum de New York.

Le superbe masque Baoulé de Côte d’Ivoire  acquis  par le Musée des Arts Africains et Océaniens en 2003 et les deux reliquaires (Fang et Kota) du Gabon donnés en 1941 au Musée de l’Homme par sa femme Domenica Walter forment un ensemble parfaitement représentatif de cette toujours prestigieuse  collection.