Nouveau dépôt : "The Good-bye Door" de Joan Mitchell

Depuis le 10 octobre, le public du Musée de l’Orangerie est accueilli au niveau des collections Jean Walter et Paul Guillaume par un grand polyptique de Joan Mitchell, œuvre nouvellement mise en dépôt par le Musée national d’Art moderne / Centre Pompidou. Peinture abstraite, claire, animée de grandes touches vertes et bleues, évocatrice d’une échappée sur un jardin, The Good-bye Door est l’œuvre d’une artiste américaine installée dès 1967, à Vétheuil, non loin de Giverny, sur les terres de Monet. Elle forme un écho visuel fort avec les Nymphéas.

site.jpg
Joan Mitchell, The Good-bye Door, 1980
Quadriptyque. Huile sur toile, 280 x 720 cm
Centre Pompidou, Musée national d’Art moderne. Achat en 1980, AM 1980-528En dépôt au Musée de l’Orangerie, 2017


Joan Mitchell (1925-1992) est née à Chicago. Son père, un médecin réputé, amateur de peinture, l’initie aux arts et à l’univers des musées tandis que sa mère, une poétesse coédite avec Harriet Monroe Poetry, première revue à publier T.S. Eliot et les textes de Langston Hugues, Ezra Pound, Dylan Thomas. Pendant ses études au Smith College à Northampton, Joan Mitchell fréquente la colonie artistique de Ox-Bow créée à l’initiative de l’Art Institute of Chicago à Saugatuck. Elle y pratique la peinture de plein air et s’initie à la technique de la lithographie.
Au printemps 1948, diplômée de l’école de l’Art Institute of Chicago et titulaire d’une bourse lui permettant de poursuivre ses études à l’étranger, Mitchell voyage en Europe (Espagne, Tchécoslovaquie) et s’installe à Paris puis au Lavandou, où, sur les traces de Cézanne, ses paysages tendent vers l’abstraction. De retour aux Etats-Unis en 1950, elle s’installe à Greenwich Village à New York et devient une des artistes centrales de l’avant-garde new-yorkaise, impliquée dans les nombreux débats et groupes, notamment celui de l’Artists’ Club avec de Kooning et Franz Kline. Elle présente ses premières expositions personnelles à l’automne 1950 à la Saint Paul Gallery and School of Art à Saint Paul (Minnesota) puis à New York, en janvier-février 1952, à la New Gallery où elle expose 16 peintures.
À partir de 1955, Mitchell vit entre New York et Paris où elle fréquente la communauté artistique américaine de Montparnasse (Shirley Jaffe, Sam Francis, Saul Steinberg) et rencontre le peintre canadien Jean-Paul Riopelle. De mars à avril 1957, Mitchell expose Color in Space (1956) et Hudson River Dayline (1956) dans l’exposition de groupe “Artists of the New York School: Second Generation” au Jewish Museum, New York, avec Helen Frankenthaler, Jane Freilicher, Michael Goldberg, Grace Hartigan, Alfred Leslie, autant d’artistes présentés comme la “seconde génération” de peintres expressionnistes abstraits. En avril-mai 1960, elle présente sa première exposition personnelle à la galerie Neufville à Paris et l’année suivante, le MoMA de New York acquiert Ladybug (1957).
En 1967, suite au décès de sa mère, avec l’héritage familial, Joan Mitchell acquiert une propriété à Vétheuil, un village situé à quelques kilomètres de Giverny, et dont un des pavillons aurait servi d’atelier à Monet. Elle s’y installe définitivement en 1968 et travaille dans son atelier sur des séries de polyptiques, structurés en séquences, rapprochées mais jamais unies, et dont les formats imposants, similaires à des écrans, dominent le spectateur. Sa peinture se déploie, contradiction permanente entre une vision impressionniste du paysage héritée de Monet, une forte intimité avec la nature, la lumière, et les aplats abstraits emblématiques des expressionnistes new-yorkais. The Goodbye Door, peint en 1980, sonne comme un adieu mélancolique aux Etats-Unis, à sa famille, à la fin de sa relation avec Jean-Paul Riopelle (1979) et offre une réinterprétation de la vision immersive de Monet du paysage.