Édito

Alors que nous célèbrerons en 2018 les 160 ans des relations diplomatiques entre le Japon et la France, le musée de l’Orangerie est particulièrement honoré d’accueillir ce printemps et cet été les chefs-d’œuvre de la collection du Bridgestone Museum of Art de Tokyo.

La collection du Bridgstone Museum of Art symbolise les ponts qui peuvent exister entre nos deux cultures, parmi lesquels ce que le monde occidental appelle le japonisme occupe une place d’exception. Mais, cette fascination mutuelle pour la culture de l’autre se retrouve également dans les œuvres des artistes modernes japonais, qui  témoignent des contacts directs avec l’art occidental qui existèrent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. On se souvient notamment de la présence d’artistes japonais à Paris dès la fin du XIXe siècle, dont certains seront présentés dans l’exposition du musée de l’Orangerie.

La collection du Bridgestone Museum of Art avec son cœur impressionniste si notable, est aussi l’expression du goût éclairé pour l’art français d’un collectionneur, remarquable capitaine d’industrie du Japon moderne. Se souvenant en 1962 de la genèse de sa collection, Shojiro Ishibashi soulignait la place éminente qu’il accordait à l’impressionnisme : "Les débuts de ma collection remontent aux environs de 1930 […] les œuvres qui s’accordaient tout particulièrement à mon goût s’ordonnaient toutes autour d’un même centre : l’école française des Impressionnistes. En rassemblant ma collection, j’ai donc fait porter en ce sens le principal de mon effort." Cette passion française, merveilleusement célébrée par la présence d’œuvres précieuses de Manet, Renoir et Monet, et perpétuée par les acquisitions des descendants de Shojiro Ishibashi, Kan’ishiro Ishibashi, puis aujourd’hui Hiroshi Ishibashi, offre un écho pertinent au rêve du marchand et collectionneur Paul Guillaume. Celui-ci, comme la famille Ishibashi, a souhaité très tôt que les œuvres qu’il avait rassemblées soient offertes au regard du public dans le cadre d’un musée. La collection Walter-Guillaume voisine aujourd’hui avec l’ensemble de peintures de Monet, qui forme le cycle décoratif des Nymphéas, si aimé des visiteurs japonais de l’Orangerie. Cet ensemble unique au monde incarne à lui seul une forme  d’aboutissement du  japonisme, où le modèle ultime de la peinture devient le jardin d’eau japonais que Monet avait créé dans sa propriété de Giverny, en Normandie. Ce sont ces liens, ces échanges si fructueux et si stimulants entre nos deux pays, que le musée de l’Orangerie met à l’honneur en accueillant cette exposition exceptionnelle. Une importante programmation culturelle accompagne cet événement en proposant notamment des conférences, des concerts et des ateliers destinés aux plus jeunes et aux familles.


Belles visites à toutes et à tous.


Laurence des Cars
Conservatrice générale du patrimoine
Directrice du musée de l’Orangerie